Transformer son réseau électrique en réseau local permet de s´offrir du haut débit - 10 mbps théoriques - tout en s´épargnant un câblage coûteux. La solution testée auprès de lycées et collèges commence à faire des émules dans le monde de l´entreprise. Le signal est donné.
Voilà plusieurs années déjà que la fée électricité tente de s´inviter dans le monde des télécommunications grâce à une idée lumineuse : l´utilisation du réseau électrique pour acheminer des données. Sur le papier, le principe est évident, il suffit de superposer au signal de basse fréquence qui conduit le courant, un deuxième signal de haute fréquence. La perturbation volontaire peut ainsi expédier jusqu´à 10 mégabits/s le long du circuit électrique. Cette technologie des courants porteurs en ligne (CPL) peut s´utiliser soit pour créer un réseau interne, soit pour assurer l´accès Internet depuis l´extérieur (boucle locale).
En pratique bien sûr, l´Internet via les réseaux électriques se heurte à de nombreux obstacles, techniques, économiques ou réglementaires. Et si quelques expériences concernant l´accès Internet sont déjà menées en Allemagne et en Suisse, cette technologie n´est pas prête d´entrer dans la compétition de la boucle locale en France. Au niveau des réseaux locaux en revanche, les courants porteurs en ligne ont démontré leur intérêt économique, en épargnant des dizaines de mètres de câblage. Et cette technologie s´avère particulièrement adaptée sur les sites étendus géographiquement.
Un réseau local à moindre coût 
Les premiers établissements à avoir testé et adopté cette solution sont les collèges et lycées, qui disposent de multiples salles mais n´ont pas besoin d´un accès Internet partout en même temps. Et suite à une première expérience concluante à Saint-Lo (Manche) en 2000, une quarantaine de collèges se sont déjà équipés en France. "Pour un collège de 500 à 600 élèves, relier l´ensemble des salles de classes à Internet via les CPL, revient environ à 7000 euros, soit trois à quatre fois moins que si l´on procédait à un câblage classique", explique Julie Morel (photo), directrice marketing et commerciale d´Alterlane, jeune pousse issue du département recherche et développement d´EDF, et chargée de commercialiser cette solution.
En dehors de l´Education nationale aussi, cette solution attire de plus en plus. Pour le musée d´Art moderne de Saint Etienne, les CPL ont permis d´installer un réseau à moindre coût et sans nuire à l´esthétique du site, aucune pose de câble supplémentaire n´étant nécessaire. Le réseau CPL dessert une soixantaine de postes utilisateurs, répartis sur deux étages, une quinzaine de bureaux et plus de 4000 m2. Un deuxième réseau permet de relier un atelier et une salle multimédia extérieure d´une dizaine de postes, pour les visites pédagogiques. Et un troisième est envisagé au sein même des salles d´expositions, afin d´accueillir des oeuvres multimédia. Pour chaque réseau, l´accès Internet est assuré par une ligne ADSL, les CPL ne prenant le relais qu´en interne.
Trois fois moins cher qu'une solution câblée Concrètement, un boîtier passerelle permet de faire le lien entre l´accès Internet ADSL et le réseau électrique. Sur l´ensemble du réseau électrique dépendant d´un même compteur, il suffit alors de brancher des modems CPL sur les prises électriques pour bénéficier d´un accès Internet. Selon la taille du réseau, un ou plusieurs répétiteurs de signal sont également disposés en certains points du circuit, afin d´équilibrer la qualité du réseau. Leur emplacement est déterminé après audit du circuit électrique. Le débit théorique est de 10 Mbps, à diviser bien sûr entre le nombre d´utilisateurs simultanés.Très simple, l´installation n´a nécessité aucun aménagement particulier. "L´équipe d´Alterlane s´est chargée de l´audit du circuit et du positionnement des répétiteurs. La solution a fonctionné immédiatement, mais une période d´ajustement a été nécessaire. Certaines prises se sont par exemple avérées inadaptées, et nous avons dû changer quelques modems. De plus, il s´agissait là de notre premier réseau interne", explique le responsable image et son du musée, Gilles Cheminal. Coût de ces deux réseaux : 8000 euros. "Cela nous revenait environ trois fois moins cher qu´une solution câblée", reprend le responsable du projet.
Un nombre limité d'utilisateurs Le réseau électrique peut aussi permettre de créer un réseau bis, par sécurité. Ainsi, au siège de la Société générale, à Paris-La Défense, les bureaux sont déjà câblés depuis longtemps mais la banque a eu recours aux CPL afin de doter une dizaine de ses salles de réunion d´un accès Internet pour ses visiteurs, distinct de son réseau interne. Un premier hôtel parisien vient également de franchir le pas afin de permettre à ses invités de surfer en toute liberté, sans avoir à investir dans le câblage à tous les étages.Pour une entreprise, un réseau local via CPL peut s´avérer économiquement intéressant dans le cadre de locaux qui ne sont pas encore câblés, et s´expriment sur des surfaces et un nombre de pièces importantes. La limite des 10 Mbps (théoriques) impose toutefois un nombre d´utilisateurs limités ou qui ne nécessitent pas un accès haut débit en permanence. Les CPL constituent également une alternative intéressante aux réseaux sans fil, du type WiFi, parfois utilisés dans des sites que l´on ne souhaite pas dénaturer par une surenchère de fils inesthétiques. En terme d´offre, un seul fournisseur est pour l´instant sur les rangs, la société Alterlane, issue de l´essaimage d´EDF. Mais d´autres pourraient bien suivre, si le courant passe.
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