La crise a enrayé le jackpot Internet. Mais le commerce électronique va connaître un regain d´intérêt. Les chiffres sont bons, les dépenses publicitaires sur le Web semblent refluer, les dot-com survivantes vont mieux... Un contexte favorable aux projets d´e-commerce, estime Alain Lefebvre, directeur de la stratégie d´eForce France.
Le nettoyage qui a suivi l´explosion de "la bulle Internet" a été sévère. Les investisseurs américains ont versé plus de 100 milliards de dollars dans presque 6 000 start-up lors de la dernière décennie. Sur cet ensemble, 2 000 ont disparu ou ont été absorbées. Les 450 qui ont réussi à être introduites en bourse ont vu la valeur de leurs actions fondre de 90% ou plus !
Toutefois, les effets très concrets de la "Net économie" commencent à se faire sentir, tandis que le Web "commercial" fête ses 8 ans. Ainsi, les fans de musique, qui s´échangent plus de 35 milliards de titres annuellement, ont commencé à mettre en péril l´industrie du disque. Les sites de réservation en ligne comme Expedia ou Travelocity ont déjà capté près de 13 % des transactions traditionnellement traitées par les agences de voyages. Et un acteur comme Dell a construit sa position de leader en s´appuyant sur Internet pour la commercialisation et même la fabrication de ses produits. Aujourd´hui, les rivaux de Dell n´ont plus d´autres choix que de l´imiter ou de disparaître.
Promesses tenues Après avoir fait beaucoup rêvé, les perspectives offertes par l´internetisation de l´informatique n´enflamment plus les imaginations... pourtant, une partie des promesses est en train de se réaliser. Rappelez-vous les projections affichées en 1999 où l´e-commerce en direction des consommateurs (aux USA) devait atteindre 108 milliards de dollars en 2003... Malgré la récession, la guerre et autres calamités, le chiffre d´affaires de ce secteur devrait cumuler 95 milliards de dollars en fin d´année (d´après Forrester Research), ce qui n´est pas si loin du compte !Les chiffres sont encore meilleurs du côté de l´e-commerce interentreprises en Amérique du Nord où les résultats seraient même supérieurs aux projections (toujours d´après Forrester Research). Et cette tendance n´est pas limitée au marché américain, l´e-commerce B to C (Business to Consumer) progresse également de 75% par an en Europe... Comme le dit fort bien Avivah Litan du Gartner Group : "le hype n´est plus présent mais les chiffres sont là".
Ce retour en forme des "Internet companies" se retrouve même dans le secteur des sociétés qui dépendent des revenus publicitaires, comme Yahoo ou Google. Car les dépenses publicitaires sur le Web remontent aux USA grâce aux nouveaux formats. De grosses images animées multimédia et liens payants sur les moteurs de recherche fleurissent, alternatives efficaces à la bannière classique de moins en moins remarquée...
L'annonce d'une sortie du tunnel ? Est-on face au rebond tant attendu (tant espéré surtout !) ou n´est-ce qu´un frémissement non-significatif ? Certains observateurs sont résolument convaincus que l´ère Internet connaît le même cycle que l´ère du PC avant lui. En 1985, de nombreux commentateurs annonçaient déjà la fin du PC qui subissait alors sa première grande crise. Et c´est pendant cette première grande crise que des acteurs comme Microsoft, Intel et Dell ont construit les fondations des formidables succès qui ont suivi...
Rebond du Nasdaq ou pas, là n´est pas le problème. Ce qu´il faut comprendre aujourd´hui, c´est que l´attitude des entreprises a vraiment changé et ce en profondeur. Même si une présence forte sur Internet finissait par revenir au goût du jour, elle ne se ferait plus dans l´urgence et à budget illimité. De plus, ce qu´ont appris les entreprises après ces années d´expérimentations, c´est que les approches "big bang" ne donnaient pas les résultats escomptés et qu´il valait mieux procéder par étapes en multipliant les projets concrets et à taille humaine. Par exemple, Kinko, société de reprographie et d´édition en ligne vient de passer un accord avec Microsoft afin de permettre aux utilisateurs de lancer une impression de qualité professionnelle vers l´un de ses centres. Cela paraît modeste, mais pour Kinko, c´est une véritable avancée... Voilà donc à quoi va ressembler la seconde vague de projets e-business : des développements plus modestes et mieux centrés proposant des résultats concrets et mesurables dans les six mois.
Alain Lefebvre possède plus de vingt ans d´expérience dans le monde de l´informatique professionnelle. Il a publié de nombreux livres au ton incisif et à la vision pertinente : L´architecture client-serveur, Intranet client-serveur universel, Le triomphe du client léger ou, plus récemment, Le troisième tournant. Alain Lefebvre est aujourd´hui directeur de la stratégie d´eForce France, après avoir été co-fondateur du Groupe SQLi.
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