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Par
Thierry Lévy-Abégnoli


06/04/2004

Évolution des informaticiens : migrations et traumatismes

En cas de migration, les informaticiens très spécialisés sont souvent menacés. Ainsi, dans le cas d´un abandon de l´IBM AS/400 (alias iSeries) ou d´un changement complet de son environnement applicatif, les deux tiers des développeurs et la très grande majorité des directeurs informatiques resteraient sur le bord de la route...

"Très typiques, les PME dont le système d´information est construit autour d´un AS/400 illustrent parfaitement les problématiques d´évolution des informaticiens lorsqu´une migration se profile", considère Bernard Riquier, directeur du cabinet de recrutement Bernard Riquier Conseil (BRC). Et d´ajouter : "ces entreprises ont un très long historique en matière d´informatique, avec une culture de la continuité ainsi qu´un directeur informatique et des développeurs d´un certain âge. Toute migration est donc vécue comme un traumatisme".

On parle bien là d´une majorité de PME. "Car, dans les grands comptes ou les SSII, nombreux sont les jeunes informaticiens de formation bac+5 travaillant sur AS/400 et sur les nouvelles technologies, capables de changer rapidement d´environnement", distingue Fabien Collas (photo), consultant à la division informatique au sein du cabinet Michael Page.

Le directeur informatique en première ligne

Dans une PME donc, en cas de décision de migrer vers Unix, Windows ou simplement un progiciel ou un serveur d´application J2EE, le directeur informatique est le plus menacé. "Même s´il ne faut pas généraliser, ces DI sont souvent des bac+2 ayant dépassé la cinquantaine et dont les compétences se limitent à l´automatisation des processus. Il ne faut guère, par exemple, leur parler d´informatique décisionnelle ou de GRC", estime Bernard Riquier (photo). Seuls s´en sortiront ceux qui ont su être proactifs en proposant à la direction générale un plan de migration qu´ils auront établi avec l´aide d´un intégrateur. De fait, le cabinet BRC ne recrute plus, depuis quelques années, aucun directeur informatique dont la culture serait centrée sur l´AS/400.

Selon Bernard Riquier, "les développeurs sont mieux lotis car même lorsqu´ils ne connaissent que les langages Cobol ou RPG, leurs connaissances fonctionnelles leur permettent de s´adapter, surtout si la migration n´est pas trop brutale". Par exemple, lorsque l´entreprise passe progressivement d´un ensemble d´applications spécifiques à un progiciel avant de remplacer, dans un second temps, la machine par un serveur Unix ou Windows.

Un tiers des développeurs pourront changer d'environnement

"Dans une telle transition, 70 % des développeurs ne parviendront pas à évoluer, tant pour des raisons de formation initiale que de motivation. Mais 30 % passeront l´écueil avec succès, surtout s´ils ont eu dès le départ une vision conceptuelle de la programmation, donc déconnectée des différents langages", affirme Philippe Launay (photo), responsable marketing de Sodifrance. Cette SSII s´est fait une spécialité de ce type de projet, avec une démarche qui inclut la dimension humaine. Prônant une migration morceau par morceau (de RPG ou Cobol vers Java), elle commence par s´entretenir avec les développeurs et sélectionne ceux qui cumulent une bonne connaissance métier et une capacité à évoluer. C´est seulement à l´issue de ce processus que Sodifrance s´engage sur les aspects de coût, de qualité et de délai du projet. Loin de se réduire à une dimension sociale, cette intégration des compétences existantes est une nécessité. Selon Philippe Launay, "elle permet de lever une partie des craintes émises par la direction générale, concernant l´abandon d´années de développement".

Oublier tout ce qui a été appris depuis 20 ans

Sodifrance a d´ailleurs elle-même recruté et fait évoluer des informaticiens n´ayant connu que des systèmes anciens. Tel est le cas de Jean-Pierre Morgant (photo), aujourd´hui directeur de projets nouvelles technologies. Ayant franchi le cap de la quarantaine, il a passé une quinzaine d´années chez un utilisateur en tant que développeur Cobol sur systèmes MVS, Gcos 7 et AS/400, avant d´entrer chez Sodifrance pour adapter d´anciennes applications à l´Euro. "En 1999 et 2000, j´ai profité de la migration vers la nouvelle monnaie pour acquérir des compétences métiers qui m´ont permis de devenir chef de projet fonctionnel sur des projets client/serveur et Java. Il m´a fallu pour cela oublier tout ce que j´avais appris depuis vingt ans". Une telle remise en cause est impossible lorsque la motivation n´est pas au rendez-vous - cas typique de la plupart des informaticiens de plus de cinquante-cinq ans.

Comme le confirme Fabien Collas (Michael Page), ce qui était encore courant au moment du passage à l´Euro ou à l´an 2000 devient de plus en plus difficile aujourd´hui : "on nous demande désormais des gens polyvalents cumulant par exemple les compétences AS/400, Unix et Windows, mais très rarement de purs spécialistes AS/400".


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