Confirmée au 1er semestre, la reprise de la croissance redonne de l'espoir dans un secteur informatique affaibli par deux ans de baisse des investissements des entreprises, de précarisation des emplois et de frilosité sur les salaires. Les trois points qui laissent entrevoir des jours meilleurs.
1. Les entreprises recommencent à investir Si la prudence a été de mise au 1er trimestre 2004, après une reprise des commandes de matériels en début d'année, l'activité est repartie au printemps, notamment dans des domaines affectés, au cours de ces deux dernières années, par les coupes budgétaires. Jean-François Perret (photo), directeur général du cabinet Pierre Audoin Consultants analyse la situation. "Depuis mars-avril, il y a une accélération de la demande pour les activités de service, de conseil et d'ingénierie d'intégration de systèmes. Par ailleurs, en juin-juillet, les achats de licences de logiciels et d'ERP ont repris légèrement. Si ce dernier moteur se rallume, cela va notamment dynamiser la croissance des SSII, car c'est le gros de leur métier. Au niveau des entreprises, une déception en ce qui concerne les PME-PMI : on s'attendait à un marché plus dynamique en 2004. La bonne surprise au niveau des grands comptes vient de trois secteurs (télécoms, banques et assurances), responsables en grande partie de la chute des investissements informatiques l'an dernier, et qui reprennent leurs achats. Leurs priorités : moderniser un parc informatique qui n'a pas été renouvelé depuis trois ans, renforcer la sécurité du système informatique ou adapter son infrastructure aux nouvelles règles comptables (IAS, IFRS). Enfin, la technologie internet revient en force (web services)".
Au 1er semestre, les fournisseurs de services et de matériels, les différents prestataires et les SSII ont noté une amélioration de leur chiffre d'affaires et de leurs commandes. Tous espèrent que cela va se poursuivre au 2ème semestre. Même si on ne s'attend pas à une reprise fulgurante d'ici à la fin de l'année, les prévisions de croissance des investissements informatiques en 2004 ont été revues à la hausse. "Nous sommes passés d'une estimation de 2 à 3 % en début d'année, à 4 ou 5 %. On retrouverait ainsi le niveau de 2002", estime Jean-François Perret.
2. Les SSII embauchent
Conséquence directe de cet optimisme : en juillet dernier, les offres à destination des cadres ont bondi de 28 % en un an, par rapport à juillet 2003 (source Apec). Ce sont principalement les SSII qui recrutent actuellement, car elles sont à nouveau sollicitées pour des appels d'offres. Vincent Monnet (photo), consultant au sein de la division informatique du cabinet de recrutement Michael Page, constate : "Le frémissement s'est opéré en avril-mai. Depuis juillet, la demande augmente, mais ce n'est pas encore l'euphorie. Toutes les offres n'aboutissent pas forcément. Les SSII n'embauchent que si elles remportent le contrat. Dans cette perspective, et pour avoir éventuellement sous la main le profil clé, elles se constituent souvent des viviers de candidatures. Elles n'hésitent pas à aller chasser la "perle rare" chez son nouvel employeur, s'il a accepté entre temps, une autre proposition. Les SSII recherchent surtout des informaticiens seniors ayant trois à cinq ans d'expérience (notamment des développeurs). Celles qui ont réduit leurs effectifs et freiné les embauches ces deux dernières années manquent de juniors d'un à deux ans d'expérience. Des juniors qui ont vu leur salaire baisser de 20 % par rapport à 2001, avant la crise. En ce qui concerne les jeunes diplômés, ils ont toujours autant de difficultés à entrer sur le marché du travail. Quant aux seniors au chômage, certains DSI sont prêts à baisser leur salaire de 80 000 à 70 000 euros pour retrouver un emploi. Même si la situation n'est plus sclérosée, la frilosité demeure chez les employeurs. Par peur d'un retournement de conjoncture, les périodes d'essai sont plus longues".
3. Prime au personnel stratégique
Effet en cascade, par peur du chômage, les informaticiens ne se risquent plus à tenter l'aventure ailleurs. Les taux de démissions n'ont jamais été aussi faibles, et les entreprises en profitent pour adapter leur politique de rémunération au cas par cas. Selon la dernière enquête d'Oberthur Consultants sur l'évolution des salaires de 39 000 informaticiens en France, entre mars 2003 et mars 2004, il ressort que dans les SSII, chez les éditeurs et les constructeurs, les salaires ont progressé sur un an de 1,6 %, soit moins que l'inflation (+ 1,8 %). Seuls les salariés des entreprises utilisatrices (+ 2,8 %) et des secteurs de la banque et de l'assurance (+ 2,5 %) affichent une évolution annuelle positive. Au-delà de ces moyennes, qui devraient se maintenir dans les prochains mois, Jean-Philippe Dominguez (photo), directeur rémunération d'Oberthur Consultants, estime que les postes de direction (DSI, directeur études et développements, directeur technique) ont été privilégiés avec des hausses de salaires supérieures à 4 %. "On a récompensé ceux qui doivent motiver les troupes dans l'entreprise. Mais ce sont surtout les métiers de l'exploitation qui ont connu la plus forte progression : + 7,4 % en moyenne". Une inversion de tendance alors que leurs augmentations étaient traditionnellement inférieures à l'évolution du marché. Du côté des salariés, beaucoup espèrent une reprise ferme pour changer d'entreprise. "Mais il ne faut pas s'attendre à de gros turn-over comme ceux que l'on a connus au moment de l'envolée des salaires avant le passage à l'an 2000 et à l'euro, car il n'y aura pas assez de postes créés. Enfin, si les carnets de commande sont bien remplis l'an prochain, on peut anticiper un rebond généralisé des rémunérations au 2ème semestre 2005", prévoit le consultant.
|