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Télétravail : comment mesurer le temps invisible ?

Par Pascal Alix, avocat le 05/04/2001 - indexel.net
 

L´absence de législation spécifique pose des problèmes sur le statut et les horaires des télétravailleurs. Devant ce vide juridique, seul le contrat de travail définit les normes applicables. Pascal Alix (photo), avocat spécialisé en NTIC, conseille de rédiger des contrats précis.

 

 Pas d´obstacle juridique, mais beaucoup de points flous. La plupart des ouvrages définissent ainsi le télétravail qui ne bénéficie pas de législation spécifique en France. A première vue, il n´y aurait donc pas de différence entre les salariés qui travaillent à distance et leurs collègues qui fréquentent tous les jours les locaux de l´entreprise.

 Les "télésalariés" dépendent du code de travail, avec un peu plus de marge de liberté, puisque aucun texte ne définit leur statut. Mais trop de liberté n´est pas facile à gérer. "Faute de législation spécifique, c´est le contrat de travail qui doit tout définir", explique Pascal Alix, avocat spécialisé en droit des nouvelles technologies et auteur de l´ouvrage "Comprendre et pratiquer le télétravail". Le contrat doit donc comporter des mentions claires sur le lieu, le temps et l´action du travail du salarié.Si les deux premiers éléments sont simples à définir, le temps de travail des "télésalariés" n´est pas toujours conforme à la législation. "L´avantage du télétravail est de maîtriser son emploi de temps. Vous pouvez décider d´aller faire vos courses l´après-midi et de travailler le soir. Mais la loi rend impossible cette liberté : elle prévoit un temps de repos de 11 heures consécutives par 24 heures", souligne Pascal Alix. En cas de contrôle de l´inspection du travail ou lors d´un litige entre le salarié et l´employeur, l´entreprise risque des pénalités à cause de ce "travail de soir" non conforme à la législation.

Joignable, mais seulement par téléphone

Pour se protéger de tels risques, l´employeur doit définir précisément les horaires du salarié à distance. Mais comment mesurer le temps de travail d´un employé qui n´est pas présent dans les locaux ? "Le problème se pose surtout dans le cadre des aides à l´emploi ou à la formation", constate Denis Berard, chargé de mission à l´Agence nationale pour l´amélioration des conditions de travail (Anact). "Certaines entreprises se sont vues refuser des aides de la DDTE parce que le temps de travail des salariés à distance était difficile à contrôler".

La loi Aubry II apporte quelques nouveautés en la matière. "Le temps de travail est la durée pendant laquelle le salarié est à disposition de l´employeur", précise Pascal Alix. "La jurisprudence de la Cour d´Appel de Paris et de la Cour de Cassation est claire : tant que le salarié est joignable - sur son téléphone fixe ou portable - tous ses actes sont dans les temps de travail". Le contrat doit donc préciser la plage horaire où l´employé peut être appelé. Mais la possibilité d´être joint par e-mail ne modifie pas les horaires du salarié. "Le critère du temps de travail effectif est la réponse immédiate", déclare Pascal Alix. "Lorsqu´on peut répondre plus tard à un courrier électronique, ou agir plus tard, il s´agit selon les circonstances, d´une astreinte ou d´un temps de repos".

Peu de risques d'accident pour le télétravailleur

Bien préciser les horaires évite également les conflits lors d´un accident de travail. Le télétravailleur ne bénéficie pas de la présomption à laquelle ont droit les salariés dans les locaux de l´entreprise. Il doit donc apporter la preuve que l´accident a bien eu lieu dans les temps de travail. Un contrat précis sur les horaires facilitera les démarches. "Pour l´instant, c´est une question théorique, car en deux ans, aucun accident n´a été déclaré chez un télétravailleur", explique Pascal Alix. "Nous avons des études qui montrent que les salariés à distance sont moins exposés aux accidents", ajoute Denis Berard.Le vrai risque provient plutôt des dommages éventuels que le salarié peut causer aux tiers ou au matériel informatique. "Les compagnies d´assurances sont en train de réfléchir sur une extension de la responsabilité civile à la responsabilité professionnelle en cas d´incendies ou d´autres dommages liés au travail", souligne Pascal Alix. "Mais les risques de pertes de données informatiques sont très difficiles à évaluer. Il faut que l´entreprise assure un système de sauvegarde régulière".

L´employeur a également l´obligation de contrôler la sécurité du système électrique du domicile du salarié. Sans pourtant l´obliger de se conformer aux normes d´hygiène et de sécurité en ce qui concerne la ventilation ou l´éclairage, car le domicile ne devient pas juridiquement une extension de l´entreprise. "Le contrat doit également préciser la prise en charge des coûts de communication ou de consommation d´électricité", indique Luc Gérard, président du Club de télétravail."Mais le plus important est de prévoir un retour en arrière dans le contrat. Certains salariés n´arrivent pas à s´habituer aux nouvelles conditions de travail et souhaitent retrouver leur statut précédent", précise-t-il. Difficile parfois de revenir en arrière si l´entreprise a choisi le télétravail par manque d´espace dans ses locaux. "Il faut rédiger un contrat ouvert qui prévoit les évolutions de l´entreprise", souligne Luc Gérard. "Le choix de travailler à distance ne doit pas devenir un enfermement".

Pour plus d'informations :
- Le Cabinet Alix fournit des informations sur les aspects juridiques du télétravail.
- L´Association française de télétravail diffuse des rapports et une revue de presse sur le sujet.
- Le département de Haute-Saône publie une étude détaillée sur le travail à distance.