Une femtocell est une minuscule cellule GSM située dans un bâtiment et couverte par un équipement de la taille d'un livre. Elle fournit tous les services voix et données, y compris SMS, MMS et 3G+. Contrairement à une borne DECT, une femtocell interagit avec le réseau mobile de l'opérateur, via une connexion internet (ADSL dans le cas d'une offre grand public). Cela signifie par exemple que l'on peut passer un appel dans une femtocell et le poursuivre à l'extérieur.
Du fait qu'une femtocell interagit avec le réseau de l'opérateur, seul celui-ci peut en avoir la maîtrise. D'autant que l'authentification du mobile est assurée par la carte SIM, elle-même fournie par l'opérateur. "La femtocell est la partie émergée d'une chaîne technologique", résume Mathieu Horn (photo), directeur marketing clients Pro SFR. Pour autant, ne peut-on pas imaginer une femtocell et une carte SIM neutres vis-à-vis des réseaux mobiles et qui permettraient de se connecter à la ligne de téléphonie fixe, comme en DECT ? On se heurterait alors à des questions de licences radio, détenues par les opérateurs.
Puisqu'une femtocell permet d'utiliser un téléphone mobile en intérieur avec une qualité équivalente à la téléphonie filaire ou DECT, celle-ci a-t-elle encore un intérêt ? La question est d'autant plus intéressante que les téléphones mobiles sont bien plus sophistiqués que les combinés DECT. Techniquement, les femtocells peuvent se substituer à la téléphonie fixe mais celle-ci conserve l'avantage d'une quasi-gratuité, alors que les communications transitant par les femtocells restent tarifées au prix fort.
Le principal intérêt se situe au niveau de la couverture réseau dans les bâtiments. D'autres avantages sont conditionnés par l'émergence d'offres tarifaires spécifiques. Dans l'entreprise, les femtocells faciliteraient ainsi le couplage entre téléphonies fixe et mobile et pourraient remplacer les infrastructures DECT voire Wi-Fi (aussi bien pour la voix que les données).
"Moins réglementé, le Wi-Fi est plus sensible aux interférences et impose des procédures d'authentification complexes, alors que la 3G assure des connexions transparentes basées sur la carte SIM et offre une meilleure gestion de la qualité de service", argumente André Méchaly (photo), vice président de la stratégie mobiles chez Alcatel Lucent. Il cite également des applications basées sur la géolocalisation et la gestion de présence, plus faciles à mettre en œuvre avec des femtocells.
La polémique autour du danger des antennes du réseau GSM peut-elle se déplacer vers les femtocells ? Une première réponse, technique, est dans les puissances d'émission. Les antennes extérieures culminent à 40 watts. "Notre femtocell ne dépasse pas 10 milliwatts, soit 4 000 fois moins", assène Mathieu Horn. Chez Alcatel Lucent, la puissance est de 20 milliwatts. Par comparaison, Wi-Fi et DECT atteignent respectivement 100 et 500 milliwatts. "Pour autant, on ne peut pas exclure une crainte irrationnelle des consommateurs", estime Julie Cousin, manager chez Ineum Consulting.
À l'étranger, de nombreux opérateurs ont déjà tenté l'aventure, notamment Vodafone en Grande-Bretagne. Pour l'instant, en France, seul SFR a franchi le pas, avec la SFR Home 3G, lancée fin 2009. Destinée au marché résidentiel et vendue 199 euros, elle est fournie par Ubiquisys, une société dans laquelle un certain Google a investi 25 millions de dollars. Sa capacité est de quatre communications simultanées, forcément initiées par des abonnés SFR. L'opérateur ciblera bientôt les entreprises avec un équipement plus puissant. De tels produits existent déjà : Alcatel Lucent vient ainsi d'annoncer une femtocell gérant huit communications. Orange et Bouygues Telecom restent pour leur part muets. Quant au nouveau venu, Free, il pourrait faire la part belle aux femtocells dans sa future offre, avec peut-être des formules tarifaires comparables à la téléphonie fixe.
Les femtocells actuellement commercialisées sont basées sur des équipements dédiés. Mais les constructeurs planchent sur des box cumulant femtocell, modem ADSL, Wi-Fi, Ethernet, etc. Alcatel Lucent prépare la sienne, tandis que Bewan en a annoncé une mi-2009. "Tant que ces offres ne proposeront pas de tarifs attractifs, elles seront plus avantageuses pour les opérateurs que pour les consommateurs. Mais l'intégration des femtocells dans les box et l'entrée en lice de Free pourrait changer la donne", conclut Julie Cousin (photo).