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Linux traînera-t-il longtemps le boulet de son administration rustique ?

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Par Alain Lefebvre le 15/09/2003 - indexel.net
 
Alain_lefebre

Certains inconditionnels défendent "bec et ongles" l´administration Linux via la ligne de commande. Pourtant l´exemple du succès de Windows NT suffit à prouver que l´interface graphique est un atout majeur. Heureusement certains spécialistes l´ont déjà compris. La chronique d´Alain Lefebvre.

 

L'avantage GUI de Windows, réel ou supposé ?

Le rôle de l´interface graphique dans le succès de Windows NT a toujours été négligé. La plupart des observateurs n´ont pas compris le réel avantage que pouvait apporter une interface graphique pour l´administration d´un système serveur comme NT face aux systèmes Unix de l´époque. Pour les experts, le fait que les quelques outils d´administration de Windows NT soient habillés graphiquement ne changeait rien à leurs opinions : Unix était un système bien supérieur sur tous les plans, y compris pour l´administration. Mais ce ne sont pas les experts qui signent les chèques. Or, pour les utilisateurs cet avantage réel ou supposé de Windows NT est venu s´ajouter à d´autres avantages (prix, légèreté) et a finalement favorisé le système de Microsoft.

Le handicap de l'approche

Les pros d´Unix et de Linux n´en démordent pas : l´interface de type "ligne de commande" surpasse tous ces gadgets graphiques qui fonctionnent une fois sur deux et sont complets une fois sur trois. Dernièrement, un ultra de l´interface rustique m´expliquait qu´une simple connexion Telnet lui suffisait pour faire tout ce qu´il voulait. Alors qu´avec une interface X-Window, il n´arriverait à rien... Cette approche est sans doute valable pour les spécialistes et les habitués. Cependant, les utilisateurs de Windows qui tentent la migration vers Linux trouvent plutôt intimidante l´édition de fichiers ASCII pour définir leurs configurations.

Linux est loin d'être

L´inconvénient de devoir connaître les commandes Unix n´est pas anecdotique. Tôt ou tard, vous y serez confrontés si vous installez un serveur Linux. Les promoteurs de Linux aiment à prétendre que ce système sait se faire discret : vous l´allumez, vous bootez et vous l´oubliez. Avec Linux, répètent-ils, pas besoin de rebooter à chaque fois que vous éternuez. Du moment qu´il y a du courant, il continue à fonctionner. Certes, Linux est un système fiable nécessitant peu d´interventions. Toutefois, un serveur est continuellement bombardé de nouvelles requêtes, de nouvelles demandes, et confronté à de nouvelles situations.Prenons un des cas les plus fréquents : un serveur Samba au sein d´un groupe de stations Windows. À chaque fois que vous devez ajouter un utilisateur et/ou modifier les droits sur un répertoire pour un groupe d´utilisateurs, vous êtes bon pour une révision sur chmod... Il existe bien Swat, une interface Web d´administration de Samba très utile mais qui ne permet pas de descendre jusqu´à la gestion de fichiers. Donc, il faut faire le reste du chemin à pied (c´est-à-dire, à la ligne de commandes...). Et Samba n´est qu´un exemple, que vous ayez installé Linux pour Sendmail, Apache, MySQL ou un autre des services connus, vous aurez forcément à faire des opérations au niveau du système.

Et si le projet Webmin humanisait l'administration Linux ?

Pourtant, contrairement aux propos des "purs" de Linux, intervenir systématiquement au niveau de la ligne de commande n´est ni inévitable ni même nécessaire car une solution élégante et efficace existe : webmin. Depuis que j´ai découvert Webmin, je ne ressens pas d´intimidation à chaque fois que je dois intervenir sur mon serveur Linux/Samba et, à chaque fois, ça marche ! Webmin est une interface d´administration Web reposant sur Perl (version 5) et permettant d´écrire directement dans tous les fichiers de configuration du système. Pas de base de données propriétaire qui empêcherait d´intervenir classiquement (via la fameuse ligne de commande, toujours présente en cas de besoin) après son installation. Webmin est standard et non-intrusif.À l´origine, Webmin est le projet de l´australien Jamie Cameron travaillant pour un ISP local. En 1999, Caldera a embauché Cameron et transformé Webmin en un projet open source disponible sous licence BSD. Il fonctionne aussi pour tous les systèmes Unix (et même Mac OS X !). Avec un simple navigateur et un login, vous pouvez définir des comptes utilisateurs, gérer les droits sur les répertoires et les fichiers, partager des volumes, paramétrer le DNS, etc. Webmin supporte le concept des modules (plug-ins) pour gérer tout type de service. Ainsi, de nombreuses SSII spécialisées dans l´open source proposent des modules spéciaux pour gérer les services moins courants.

Webmin ne fait pas tout mais, ça aide bien !

S´il simplifie le paramétrage, Webmin n´est pas conçu pour tout ni pour tous. Les interfaces spécialisées pour certains services restent indispensables. Par exemple, on peut créer un nouveau volume à partager sous Samba mais, ensuite, il sera plus logique de finir le paramétrage fin de ce volume sous SWAT, l´interface Web d´administration dédiée à Samba. De plus, il n´est pas encore possible d´éviter le recours à la ligne de commandes dans tous les cas. Toutefois, même dans cette ultime extrémité, vous pourrez tapez vos commandes au sein d´un module "shell" prévu pour cela !Webmin est donc une vraie solution qui fait sauter en partie un handicap réel vis-à-vis des serveurs Linux. Comme la popularité de Webmin va grandissante et que les offres de modules tiers autour de ce projet se multiplient, on peut imaginer qu´il va bientôt accéder au statut de logiciel open source incontournable au même titre que les Apache, Samba et autres.



Alain Lefebvre possède plus de vingt ans d´expérience dans le monde de l´informatique professionnelle. Il a publié de nombreux livres au ton incisif et à la vision pertinente : L´architecture client-serveur, Intranet client-serveur universel, Le triomphe du client léger ou, plus récemment, Le troisième tournant.
Alain Lefebvre est aujourd´hui directeur de la stratégie d´eForce France, après avoir été co-fondateur du Groupe SQLi.

 
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